Par Bilal Ndiaye
Près de deux ans après son élection, le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko affrontent une réalité économique bien plus rude que prévu. Entre un héritage budgétaire alourdi, un « mur de la dette » qui se dresse en mars 2026 et des indicateurs sociaux toujours tendus, le pouvoir joue sa crédibilité.
Un héritage financier sous tension
Dès son arrivée, le nouveau régime a ordonné un audit de la dette. Le verdict est sans appel : le taux d’endettement a été revu à la hausse, atteignant officiellement 118 % du PIB fin 2024, contre 73,6 % annoncés auparavant. Conséquence, le programme avec le FMI (1,8 milliard de dollars) a été suspendu et l’accès aux financements concessionnels s’est tari.
L’année 2026 s’annonce comme un test décisif. Le Sénégal doit rembourser 333,3 millions d’euros (environ 219 milliards FCFA) le 13 mars 2026 au titre des eurobonds 2018, soit un besoin total de plus de 480 millions de dollars. Face à des taux d’emprunt qui grimpent, le gouvernement explore un « reprofilage » de la dette pour allonger les maturités sans décote.
Un plan de redressement sous contraintes
Pour dégager des marges, l’exécutif a lancé un Plan de redressement économique et social (PRES) fondé sur les « 3R » (Reprofilage, Réforme, Réinvestissement). L’objectif : collecter 760 milliards FCFA de recettes nouvelles en 2026 en élargissant l’assiette fiscale (jeux, mobile money, concessions minières). Le déficit budgétaire, de 12,8 % du PIB en 2024, doit ainsi tomber à 5,37 % en 2026.
Des performances commerciales historiques
Paradoxalement, le commerce extérieur flambe. En décembre 2025, les exportations ont bondi de 155 % pour atteindre 825,3 milliards FCFA, portées par l’or non monétaire (206,8 milliards) et les premières ventes de pétrole brut (106,3 milliards). La balance commerciale est devenue excédentaire de 281 milliards FCFA en décembre, une première depuis longtemps.
Le social, angle mort ?
Malgré ces chiffres macroéconomiques encourageants, le quotidien des Sénégalais reste difficile. Le chômage officiel s’établit à 19,2 % de la population active (3e trim. 2025). L’opposition dénonce un régime « déconnecté », pointant la cherté de la vie et la détresse des éleveurs et pêcheurs. La mort d’un étudiant en février 2026 à l’UCAD a également ravivé les tensions sécuritaires.
À l’approche de l’échéance du 13 mars, le pouvoir joue son va-tout : prouver aux marchés sa solvabilité tout en maintenant la cohésion sociale. Un exercice d’équilibriste qui déterminera l’avenir du « projet Diomaye ».