Par Bilal Ndiaye
Alors que les frappes aériennes de l’opération « Fureur Épique » et les tensions dans le détroit d’Ormuz s’intensifient en ce mois de mars 2026, l’Afrique, pourtant éloignée du front, se retrouve en première ligne des dommages collatéraux. Pour le Réseau Afrique Stratégies, nous analysons comment ce conflit au Moyen-Orient redessine brutalement l’horizon économique du continent.
Le baril à 120 dollars : Un poison pour la croissance
L’escalade militaire entre Téhéran, Israël et les États-Unis a immédiatement propulsé les cours du Brent au-delà de la barre symbolique des 100 dollars, certains pics frôlant les 120 dollars. Pour les nations africaines, la sentence est double :
Facture énergétique explosive : Des pays comme le Sénégal ou l’Afrique du Sud voient leurs réserves de change fondre pour maintenir l’approvisionnement en carburant.
Inflation importée : Le coût du transport routier, pilier du commerce intra-africain, flambe, entraînant une hausse mécanique du prix des denrées de base de 3 à 5 % en seulement deux semaines.
L’engrais, l’autre “bombe” silencieuse
Le blocus de fait du détroit d’Ormuz ne bloque pas que le pétrole. C’est un nœud vital pour les intrants agricoles. L’Iran et ses voisins du Golfe fournissent près de 20 % des engrais utilisés en Afrique subsaharienne.
« Près de 16 millions de tonnes d’engrais sont actuellement bloquées ou retardées », alerte un récent rapport sectoriel.
Sans ces nutriments, les rendements des prochaines récoltes au Sahel et en Afrique de l’Est sont directement menacés, faisant planer le spectre d’une crise alimentaire d’ici la fin de l’année 2026.
Déficits et dette : L’étau se resserre
Même pour les producteurs de pétrole comme le Nigeria ou l’Angola, l’embellie des recettes est un mirage. La dépréciation des monnaies locales face au dollar et l’augmentation du service de la dette annulent les profits. Le budget 2026 de nombreux États, basé sur un baril à 65 dollars, est désormais caduc, forçant des arbitrages douloureux entre subventions sociales et stabilité macroéconomique.