Par Bilal Ndiaye
Depuis les bouleversements politiques de 2022, le Burkina Faso a entamé une
mutation profonde de son modèle économique. Entre la rupture avec les instances
régionales traditionnelles et une volonté affichée de souveraineté nationale, le pays
des « Hommes intègres » présente aujourd’hui un visage contrasté. Cette analyse
compare les indicateurs clés de la période pré-transition (2015-2021) avec les résultats
enregistrés sous l’ère de la Transition actuelle.
Une Croissance Tempérée par les Chocs Sécuritaires
Avant 2022, l’économie burkinabè affichait une croissance robuste, avec une moyenne
de 5,2 % entre 2001 et 2021. Malgré l’instabilité sécuritaire naissante sous la
présidence de Roch Kaboré, le pays maintenait une dynamique portée par les
exportations d’or et de coton.
Depuis le coup d’État de janvier 2022, suivi de celui de septembre 2022 mené par le
Capitaine Ibrahim Traoré, la croissance a connu un ralentissement avant de se
stabiliser. En 2023, le taux de croissance du PIB réel s’est établi à 3,6 %, affecté par les
déplacements de populations et l’insécurité dans les zones minières et agricoles.
Cependant, les projections pour 2024 et 2025 montrent un rebond significatif, avec
des taux attendus de 4,2 % et 4,3 %, portés par une relance de la production
nationale.
L’inflation, véritable baromètre du pouvoir d’achat, a connu des montagnes russes.
Après un pic historique de 14,1 % en 2022 dû aux perturbations des chaînes
d’approvisionnement mondiales et régionales, elle est retombée de manière
spectaculaire à 0,7 % en 2023, avant de remonter à environ 4,2 % en 2024, sous l’effet
de la flambée des prix alimentaires mondiaux.
La Souveraineté au Coeur de la Stratégie Minière et Agricole
Le secteur minier reste le poumon de l’économie burkinabè, représentant environ 17
% du PIB et plus de 80 % des exportations. Si la production d’or avait atteint un
record de 66,9 tonnes en 2021, elle a subi une légère baisse due à la fermeture de
certains sites pour raisons sécuritaires, s’établissant à environ 60,8 tonnes en 2024.
La grande innovation de la Transition réside dans la volonté de transformation locale.
La pose de la première pierre de la raffinerie d’or de la SONASP (Société Nationale des
Substances Précieuses) en novembre 2023 marque un tournant historique. L’objectif
est clair : ne plus exporter d’or brut, mais des lingots « made in Burkina », captant ainsi
une plus grande part de la valeur ajoutée.
Dans le secteur agricole, l’« Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 » a
produit des résultats sans précédent. En 2025, le pays a franchi le cap record de 7
millions de tonnes de céréales produites, contre environ 5 millions les années
précédentes. Ce succès a permis d’atteindre un taux de couverture des besoins
alimentaires de 126 %, rapprochant le Burkina Faso de son objectif d’autosuffisance.
Finances Publiques : L’Effort de Guerre et le Nouveau Contrat Social
Le financement de la lutte contre le terrorisme a transformé la structure des finances
publiques. Le déficit budgétaire, qui avait atteint un sommet de 10,4 % du PIB en
2022, a été ramené à 6,7 % en 2023, grâce à une gestion plus rigoureuse et à une
mobilisation accrue des recettes intérieures.
L’exemple le plus frappant de cette mobilisation est le Fonds de Soutien Patriotique
(FSP). Ce mécanisme, alimenté par des prélèvements volontaires et des taxes sur
certains produits (tabac, boissons, télécoms), a mobilisé 175 milliards de FCFA en
2024 et plus de 212 milliards de FCFA en 2025. Ces fonds sont directement injectés
dans l’équipement et le soutien des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) et
des forces armées.
La dette publique, bien qu’en hausse, reste soutenable. Elle est passée d’environ 47 %
du PIB en 2021 à une fourchette située entre 53 % et 58 % en 2024-2025. Ce niveau
reste bien en deçà du critère de convergence de l’UEMOA (70 %), témoignant d’une
certaine résilience financière malgré le retrait annoncé de la CEDEAO et le virage vers
l’Alliance des États du Sahel (AES).
Un Pari sur l’Endogénéité
Le Burkina Faso de l’après-coup d’État a fait le choix de la rupture avec les modèles de
développement extravertis. Si les défis restent immenses — notamment la pression
sécuritaire sur le budget et les conséquences du retrait de la CEDEAO — les chiffres de
2025 montrent une économie qui tente de se réinventer par le bas. Entre records
agricoles et projets industriels souverains, le pays cherche à transformer sa crise
sécuritaire en un moteur de transformation structurelle. La réussite de ce pari
dépendra de la capacité du pays à maintenir ce rythme de mobilisation intérieure sur
le long terme.